(Je suis prêt à marcher… mais vers quoi ?)
Il y a dans l’humain une disposition étrange, profonde, noble : celle d’être prêt à faire des efforts ; à marcher ; à lutter. À se sacrifier même, parfois.
Mais à une condition : qu’il y ait un sens. Un cap. Un horizon. Un chemin.
Je suis prêt. Mais pour aller où ?
Pendant des millénaires, la religion proposait une réponse claire :
« suis le chemin que marque Le Livre, et tu trouveras la vérité et le salut éternel ».
Mais le Siècle des Lumières a commencé à tout faire basculer en mettant l’accent sur la raison, sur le libre-arbitre et les droits naturels. Il a promu une vision de l’homme capable de se guider par sa propre raison, de chercher le bonheur et de s’émanciper des superstitions et de l’obscurantisme.
Les Lumières ont apporté un nouveau message et proposé une autre voie :
« sois libre, choisis toi-même ton chemin, invente-toi ».
Mais l’irruption de l’intelligence artificielle vient brouiller ces deux récits.
Non que l’IA ne trace pas de voie. Elle en propose trop, et pas vraiment convergentes.
Elle ne nous dit pas quoi faire. Elle ne nous dit pas pourquoi le faire.
Elle nous montre des possibles. Une infinité de possibles.
Et c’est peut-être pire.
Car dans cette profusion, le cap se dissout.
Il n’y a plus de règles à suivre, et encore moins de destinée.
Il n’y a plus de Livre des « tu dois faire », et plus de pouvoir sur notre propre évolution.
Il n’y a plus que des options, des peut-être.
L’IA nous propose des outils puissants et des performances impressionnantes, certes !
Mais aucune boussole. Pas même de nord à atteindre.
Le vertige n’est pas technologique. Il est existentiel.
Ce n’est pas tant la peur d’être remplacé, ni même celle d’être dépassé.La nouvelle angoisse, c’est celle d’être désorienté.
Quand il n’y a plus de voie tracée, quand personne ne dit ce qui est juste, important, ou désirable, alors le marcheur hésite.
Et parfois, il s’arrête. Non pas parce qu’il est fatigué, mais parce qu’il ne sait plus vers quoi avancer, ni pourquoi.
Il n’y a plus de chemin. Seulement des traces qui se croisent et disparaissent à peine apparues.
Peut-être vivons-nous le moment le plus étrange de l’histoire humaine, celui où rien ne nous dit ce que nous devons faire, mais où quelque chose en nous continue de vouloir avancer.
La voie n’est plus balisée. Mais le besoin de marcher demeure encore.
Avec l’IA, ce n’est pas la paresse qui nous menace, pas l’abandon de nos actions et décisions à une machine. Mais c’est l’absence de direction.
Qu’est-ce que l’Humanité ? Un destin, ou une étape vers autre chose ?
Autre chose ? Mais quoi ?
